Cédric Piscitelli, PDG de E-Bricolage.com : « Nous ne sommes plus considérés comme des sous-commerçants »

Depuis 2014, Cédric Piscitelli est PDG d’E-Bricolage, qu’il présente comme une quincaillerie en ligne familiale. Malgré l’ouverture, en 2019, d’un magasin physique dédié aux professionnels, sous l’enseigne EBC, il reste un e-commerçant, avant tout. Pour le chef d’entreprise, la crise sanitaire a donné une nouvelle dimension au e-commerce dans les réseaux de distribution de bricolage.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les activités de E-Bricolage  ?
Nous vivons une période assez exceptionnelle. Sur le site E-bricolage.com, au mois d’avril 2020, nous avons multiplié par 5 notre chiffre d’affaires, par rapport au mois d’avril 2019. Nous avons été dévalisés. Dans cette augmentation de nos ventes, les professionnels ont pris une part très importante. Alors qu’ils représentaient un client sur trois avant le confinement, ils atteignent aujourd’hui un client sur deux. Nos produits destinés aux professionnels, comme la visserie ou la fixation, se vendent six fois plus. Aujourd’hui, nous avons une semaine de stock de retard sur les commandes ; habituellement, nous en avons trois d’avance.

Quels changements la crise sanitaire a-t-elle entrainés dans votre entreprise ?
La véritable évolution de ces dernières semaines concerne notre relation avec les fournisseurs. Jusqu’à présent, nous étions les moutons noirs de certains fabricants. De nombreuses marques travaillent de la même façon depuis les années 1950. Certains leaders n’ont pas de commerciaux dédiés au web. Ils ne savent donc pas comment nous parler. Il y a 6 ans, lorsque nous avons lancé E-Bricolage, certains fournisseurs nous disaient : « Nous n’aimons pas travailler avec les e-commerçants, car ils cassent les prix ». La mauvaise presse d’Amazon ternissait notre image. Aujourd’hui, nous sommes reconnus par de grandes marques, car sans nous elles n’auraient pas fait de chiffre d’affaires sur cette période. Elles ont vu leur réseau de distribution fermé à 95 % et constatent la pertinence de notre métier. Pour la première fois, nos commandes passent en priorité devant celles des grandes enseignes. Les e-commerçants ne sont plus considérés comme des sous-commerçants.

Une réorganisation de l’entreprise a-t-elle été nécessaire durant le confinement ?
Les deux dernières semaines de mars ont été très denses. Nous avions une augmentation des commandes, mais 4 employés de moins pour s’en occuper. Nous n’étions que deux pour maintenir l’activité. Mes journées faisaient quinze à seize heures. Lorsque nous sommes revenus au complet, l’organisation des postes de travail a été complètement modifiée. Outre les équipements sanitaires nécessaires que sont les gants, les masques et le gel hydro-alcoolique, nous avons supprimé le travail à la chaine. Toutes les commandes sont maintenant traitées, du début à la fin, par le même collaborateur.

Pensez-vous que les clients choisiront davantage le e-commerce à l’avenir ?
Beaucoup de clients se sont tournés vers nous par contrainte. Mais lorsque les clients commandent une fois, et qu’ils sont satisfaits du service, il y a des chances qu’ils reviennent. Malgré les obstacles que nous avons rencontrés, comme la suppression des points de collecte ou l’allongement des délais de livraison, nous avons prouvé que nous étions capables de maintenir un service de qualité. De plus, les clients ont constaté que nous ne profitions pas de ce contexte pour augmenter nos prix.