Patrick Glémas : Le jardin, nouvel Eden ou paradis perdu ?

Vent de panique face à l’extension du coronavirus. En ce 17 mars, la France est passée en stade 3. Le confinement est devenu réalité. Les magasins sont fermés, sauf ceux de première nécessité. L’anxiété se répand. La menace est grave et sérieuse, mais rappelons que 98 % des malades guérissent. La peur est une réaction saine de survie. Mais ne cédons pas à l’angoisse, même si nous entrons en terre inconnue et que la défiance et le complotisme prospèrent sur les réseaux sociaux.

Patrick Glémas, Spécialiste jardin.

Ce n’est pas la première épidémie que le monde subit. La grippe espagnole, en 1918-1920, a fait 40 millions de morts. La grippe asiatique, en 1957, a touché 9 millions de Français et tué 400 000 d’entre eux. En 1968, la grippe de Hong Kong tua un million de personnes dans le monde. Sans oublier la canicule de 2003 et ses 15 000 décès en France. Mais ce qui a changé, c’est la vitesse de propagation de l’agent pathogène, mondialisation oblige. Et l’information en temps réel. Outre la santé humaine, c’est l’économie qui est en danger. Le cours du pétrole s’effondre. L’automobile est KO. L’électronique s’étrangle. La pharmacie s’inquiète. Le tourisme s’affole. La restauration s’arrête. Le luxe marque le pas. Les salons annulent leurs éditions. Les entreprises sont en télétravail. Les réunions sont proscrites. Les magasins non essentiels ferment. La consommation ralentit. Les bourses plongent. Le monde semble pétrifié. Nombre d’entreprises sont au bord de la disparition. Autant de compétences qui risquent de disparaître et qui manqueront quand la crise sera passée et qu’il faudra repartir de l’avant. Les pouvoirs publics réagissent avec force. Mais c’est notre dépendance à la Chine qui se révèle dangereuse. La chaîne d’approvisionnement est à la merci du moindre grain de sable, décision politique, grève ou épidémie. L’univers du jardin ne sera pas épargné. Les producteurs de plantes vont être les premiers à souffrir. Leurs produits étant périssables, ils ne peuvent les stocker pour attendre des jours meilleurs, sauf les pépiniéristes. Ainsi, chez ceux qui produisent des plants de fleurs, de condimentaires ou de légumes, les séries, déjà en culture, vont se suivre pour finir à la benne ! Déjà qu’ils ne sont pas en très grande forme depuis quelques années… Leur survie passera-t-elle par la vente directe sur leurs exploitations ?
Pour le manufacturé, dont une grande partie vient de Chine, les premiers conteneurs expédiés avant la trêve sont arrivés péniblement, les navires étant refoulés vers les ports de Belgique pour cause de grève en France. Qu’en sera-t-il pour la suite ? Le voyage prend cinq semaines au moins. Les réassorts risquent d’être compliqués, surtout pour ceux qui travaillent en flux tendu. Mais seront-ils nécessaires ? Quoi qu’il en soit, une refonte des cycles de production s’impose. Les dernières usines encore installées en Europe vont-elles retrouver du lustre ? Se fournir en matériels, outils et produits fabriqués en France, en Italie, en Angleterre, en Hongrie, en République tchèque ou en Pologne est moins risqué. Et plus écologique. Le Made in Europe a de l’avenir. A condition de ne pas fermer ces usines… Et de ne pas dépendre de composants Made in China. Fournisseurs et distributeurs vont devoir faire preuve de solidarité. Et revoir leur organisation globale.
Reste une lueur d’espoir pour le jardin. Faute de pouvoir, ou de vouloir, partir en voyage, et confinement oblige, les Français vont devoir rester chez eux. Auront-ils la tentation et l’envie d’améliorer le cocon qu’est leur jardin ? C’est probable, ou du moins possible. C’est là une opportunité qui soulagera tout notre univers, à la condition que les magasins ne soient pas fermés pour une trop longue période… Les jardineries pourront-elles survivre, elles dont les résultats sont déjà trop souvent exsangues ? Saint Fiacre, aide-nous !