Philippe Méchin : « A qui la faute ? »

C’est un véritable réquisitoire auquel s’est livré Jean-Eric Riche, Président d’Inoha lors de la cinquième nuit du Bricolage, à l’encontre de la distribution. Son discours n’est rien d’autre qu’un acte d’accusation impitoyable, l’accusant ainsi de provoquer chez les industriels et fabricants rien moins qu’un découragement, de la lassitude, de l’anxiété. Evidemment, cette diatribe n’a pas manqué de surprendre, mais aussi de faire réagir les coupables présumés.

Massification des achats en Europe de la part d’un grand groupe, volonté des enseignes de devenir eux-mêmes industriels, avec en filigrane l’idée de réduire les fournisseurs au rang de simples sous-traitant, sans oublier le non-respect de l’une d’entre elles des délais de déréférencements, les griefs sont lourds. Jamais nommés dans son allocution, chacun a pu identifier les présumés coupables, en l’occurrence Kingfisher et Leroy Merlin.  Directement visée, la réaction de cette dernière ne s’est pas fait attendre en précisant que le code de bonne conduite signé entre la FMB et Inoha continue de s’appliquer, hors conditions des délais de déréférencement, arguant que les nouvelles dispositions légales n’étaient pas à jour des nouvelles dispositions légales de la loi Egalim applicable au 1er janvier 2020. Ce qui veut dire en clair que l’article en question est caduc au profit d’une loi ne faisant plus la différence entre les produits de marque et ceux de MDD. Toutefois l’enseigne déclare cette situation temporaire, dans l’attente d’une mise à jour annoncée pour cette année à venir.

Au-delà des arguments des uns et des autres, de quoi cette affaire est-elle le nom ? Ne s’agit-il pas plutôt des conséquences d’une situation économique atone qui mine notre pays depuis tant d’années, couplée avec la montée inexorable du commerce en ligne, véritable éléphant dans un magasin de porcelaine ? Certes comme l’a déclaré Jean-Eric Riche, le marché du bricolage en enregistrant une progression modeste qui selon ses termes « résiste encore bien aux crises », mais le mal ne réside-t-il pas justement dans cette affirmation ? Cette croissance molle qui mine tant de secteurs de consommation de notre pays est d’une certaine façon grandement responsable de la dégradation ou du moins de la complexité grandissante des relations acheteurs fournisseurs, à laquelle il faut ajouter un consommateur dont le pouvoir d’achat à quelques exceptions près, ne cesse de s’éroder, accablé par la pression fiscale la plus élevée au monde, et des salaires qui ne cessent de stagner. Pour les fabricants, en l’occurrence en majorité des PME, ce n’est guère plus brillant. Accablées par les charges, les contraintes de toutes sortes, exposées à une concurrence mondialisée sans foi ni loi, celles-ci vivent en permanence sous tension. Cette situation est accentuée par une concentration de la distribution qui fait que beaucoup jouent leur avenir en quelques rendez-vous.  Et croyez-vous que la vie est plus facile du côté des enseignes ? Que nenni ! Certes, elles respirent encore l’opulence de par leur taille, leur puissance d’achat, mais pour combien de temps encore ? En effet, se profile de façon de plus en plus visible, la redoutable concurrence de l’e-commerce. Le modèle de la grande distribution, que beaucoup imaginaient éternel, est aujourd’hui également menacé. Le tout est aggravé par un client volatil, imprévisible infidèle, exigeant. Enfin, cerise sur le gâteau, les normes administratives en tout genre ne cessent de se multiplier. Aussi dans ce contexte de morosité, de pesanteur, ne faut-il pas s’étonner du manque de sérénité qui règne dans la relation fournisseur/acheteur.

Il est temps que notre pays sorte de cet environnement tendu, faute de quoi ce climat de tensions n’ira qu’en s’aggravant quel que soit le corps de métier.