CES Las Vegas 2020 : Vers le déclin ?

Ultra médiatisé, le CES de Las Vegas, vaut-il encore le déplacement ? Certes les visiteurs restent nombreux et les exposants aussi, mais justifie-t-il encore sa réputation de paradis du High Tech ? Il est permis de se poser la question à l’issue d’une édition 2020 qui ne restera pas dans les annales.

La ville en elle-même, capitale de tous les excès, de toutes les folies, ne change pas, tant s’en faut. Cette cité démentielle, sise au cœur d’un Nevada aussi fascinant par la beauté de ses paysages, qu’inhospitalier de par son climat et sa situation au cœur de ce Nevada sauvage, continue d’attirer les hordes de touristes du monde entier. Ce tapis de lumières, lieu de plaisirs en tous genres, ne laisse personne indifférent et paradoxalement lasse très vite, de par son artificialité. Avec une telle réputation, il ne faut pas s’étonner que Las Vegas fût pendant des années une place idéale pour accueillir un salon professionnel souvent dédié à des objets délirants, mais dont la majorité a fréquemment un parfum d’inutile. Certes, il a permis de révéler quelques produits et découvertes magiques, mais au fil du temps, le phénomène s’est érodé. Les professionnels du secteur, et plus particulièrement ses grands acteurs, ne se gênent plus pour présenter leurs nouveautés et innovations ailleurs que dans ce type de salon. Cette situation est d’autant plus remarquable de la part des grands acteurs du métier qui n’ont pas leur pareil pour mettre en scène des shows de grande envergure lors de lancements stratégiques, Apple étant passé maître dans ce genre d’exercice. Toujours est-il que l’industrie du numérique, de l’électronique grand public patine depuis quelques années. Certes, elle est omniprésente dans nos vies quotidiennes, mais elle s’est banalisée malgré les efforts et l’imagination de ses concepteurs pour passionner le consommateur. Ces fameux objets connectés, qui certes ne cessent paradoxalement de gagner du terrain, attirent le public dans des domaines bien spécifiques comme celui de la santé. Ils ont incontestablement été les stars de cette édition 2020. Il ne faut cependant pas s’en étonner dans la mesure où le bien-être dans tous ses états constitue un marché d’envergure. Néanmoins, tous ont-ils leur raison d’être ? Avons-nous besoin aujourd’hui de nous autodiagnostiquer en permanence ? Un oxymètre de pouls capable d’évaluer la qualité de notre sommeil et de mesurer les risques d’apnée, un électrocardiogramme dont les données sont transmissibles à distance à votre médecin, sont-ils des avancées aussi indispensables à nos vies ? Bien que les populations des pays industrialisés capables de s’offrir ces bijoux technologiques vieillissent, il est cependant permis d’en douter. Certes le marché est bien là, mais les acteurs sont nombreux, bien trop nombreux même.

Dieu reconnaîtra les siens

Cet exemple de rush des fabricants vers cette fameuse santé connectée constitue l’illustration de la présence d’un Eldorado potentiel, mais bien des acteurs risquent de s’y perdre et se noyer. Cette tendance de trop-plein se retrouve un peu partout dans tous les secteurs de l’électronique grand public et de la connectivité, dont il était d’ailleurs permis de se demander où en étaient les limites. Eh bien, il semble que nous les touchons. C’est en effet un euphémisme de dire que le salon a balayé large, très large, trop large. Ainsi, toutes les innovations liées aux « mobilités » ont-elles occupé une place qu’il est convenu de considérer comme démesurée. Certes, les transports seront très impactés par le mélange de la connectivité et de l’intelligence artificielle dans les années à venir, mais était-il indispensable de faire de ce CES un salon de l’automobile connectée ? Ce rush des marques ne manque pas d’étonner, d’autant plus que la plupart des modèles présentés n’existent que dans les délires de ses créateurs. Quoi que l’on puisse en penser, ce n’est pas encore demain que les voitures seront totalement autonomes et que son propriétaire pourra y faire une sieste sur l’autoroute ou regarder une série sur Netflix dans les embouteillages en se souciant comme d’une guigne de ses congénères automobilistes, des piétons qui l’entourent et des aléas du trafic, quelle que soit la voie de circulation empruntée. Tout ceci ressemble à du cinéma d’anticipation, même si l’univers de la technologie galope à pas de géant. Seront très certainement impactés à court terme, des transports en commun alternatifs urbains sur des petits trajets. Cette surreprésentation était d’autant plus étonnante qu’un phénomène de rejet de l’automobile, quelle qu’elle soit, est en train d’émerger à une vitesse étonnante parmi les générations à venir. Ce n’est donc pas encore demain que l’on roulera dans le dernier modèle de chez Sony présenté sur le salon.

Une French Tech en perte de vitesse

Souvenons-nous d’un certain Emmanuel Macron, candidat à la magistrature suprême, parcourant le sourire aux lèvres, s’arrêtant ici et là, dans les travées d’une présence française qui avait fait sensation, se hissant sur les premières marches du podium en termes d’exposants. La France, réputée pour sa frilosité dans sa présence sur les grands rendez-vous internationaux, frappait un grand coup. Que reste-t-il aujourd’hui de ce qui fut avant tout un élément de la campagne de celui qui allait devenir président ? Manifestement, l’euphorie n’est plus de mise. Certes, ce n’est pas une catastrophe tant s’en faut puisque les exposants tricolores occupent une remarquable quatrième place dépassée par la Corée du Sud, mais la fête est finie. L’offre globale est trop souvent inadaptée, trop pointue pour intéresser le grand public. On y a plus vu de solutions spécialisées que de licornes en puissance. Il n’est cependant pas opportun de tirer sur une ambulance qui d’ailleurs n’en est pas une. L’offre de la French Tech n’est pas pire que l’offre globale d’un salon qui a brillé par une hétérogénéité quelque peu dérangeante. Il est vrai qu’avec quelque 4 400 exposants…

Le bricolage sauve les meubles

Quelle place a donc occupée l’univers du bricolage lors de cette édition 2020 ? Maigre en termes d’exposants, intéressante grâce à des acteurs qui se sont engagés à fond dans la connectivité. Avec en porte-drapeau Leroy Merlin qui a présenté sa dernière nouveauté nommée Enki Smart Display. Cet écran tactile compatible avec Amazon Alexa a pour fonction de piloter et centraliser les appareils connectés de la maison, mais aussi à passer des appels en visioconférence grâce à la caméra et aux deux micros embarqués. Soucieux cependant du respect et de la protection de la vie privée, sujet très sensible chez nos compatriotes, l’enseigne propose de masquer physiquement la caméra frontale ainsi que les deux micros grâce à deux touches disposées à l’arrière de l’appareil. Juste à côté de celles-ci se trouve un bouton destiné à éteindre le smart display et régler le volume. Nous voilà donc éloignés de la boite présentée ici même il y a trois ans, bien moins sophistiquée. Quel sera l’avenir de ce produit fort intéressant technologiquement ? Quel accueil le public français plutôt méfiant en la matière lui réservera-t-il ? Affaire à suivre. Toujours est-il qu’en développant ce secteur d’activité, Leroy Merlin joue à fond la carte de la connectivité. L’enseigne n’est d’ailleurs pas la seule marque de renom dans le secteur à poursuivre l’aventure, à l’exemple de Legrand, Somfy ou encore Delta Dore. Il n’en demeure pas moins vrai que les grands noms impliqués dans l’aménagement et le confort de la maison étaient peu nombreux. Dans le domaine du jardinage, notons quand même cette serre connectée proposée par la société Myfood qui a d’ailleurs été récompensée. Et si l’on peut se permettre par extension de classer l’aspiration, notons les robots dont les performances progressent de façon très spectaculaire notamment via la marque iRobot. En final, si ce salon, n’est manifestement pas un paradis du bricolage, les produits les plus hétéroclites ont presque transformé le salon en un gigantesque bazar de l’électronique grand public où l’on trouvait à boire et à manger. Néanmoins, au-delà de cette prolifération attention au retour de bâton. Se profilent à un proche horizon des bataillons de jeunes consommateurs qui considèrent tout ceci comme inutile et mauvais pour la planète. N’oublions pas que nous allons traverser les turbulences de la transition écologique mondiale, et une bonne partie de cette débauche d’objets pourrait en faire les frais. Cependant, tout ne disparaîtra pas tant notre vie a besoin de cette technologie dont la plus évoluée ne s’expose guère de façon spectaculaire, mais va changer profondément nos vies. Elle se nomme intelligence artificielle.