Enquête Fevad : Le e-commerce victime de la crise sanitaire

La crise du coronavirus traversée par le pays impacte lourdement les sites de commerce en ligne. Les entreprises doivent s’adapter aux nouvelles contraintes sanitaires, et sont nombreuses à subir une importante baisse de leur chiffre d’affaires. Certains secteurs semblent, malgré tout, résister davantage.

Nathalie Lainé,
Responsable de la communication de la Fevad.

Le commerce français souffre du confinement de la population, mais le e-commerce ne tire pas son épingle du jeu, non plus. D’après l’enquête de la Fevad, la fédération du commerce en ligne, publiée le 30 mars dernier, 76 % des sites marchands restés ouverts, durant la période de confinement, enregistrent une baisse de leur activité. Pour la moitié d’entre eux, cette baisse représente plus de 50 % de leur chiffre d’affaires. Enfin, plus d’un tiers des entreprises de e-commerce estiment ne pas pouvoir résister économiquement plus de 3 mois, dans ce contexte économique. Cette enquête, basée sur les déclarations de 134 sites marchands en France, portant sur les résultats du 23 au 25 mars 2020, révèle l’impact dramatique de la crise sanitaire, sur le e-commerce. « Les gens sont dans un état de sidération, ils se concentrent sur l’essentiel, et n’achètent rien de ce qui leur parait futile, de plus certains craignent pour leur pouvoir d’achat dans les mois à venir », estime Nathalie Lainé, Responsable de la communication de la Fevad.

Les entreprises s’adaptent

Outre le télétravail adopté par 82 % des salariés de la filière, la période de confinement est un véritable défi pour les e-commerçants. Le retrait des colis étant devenu impossible dans les magasins comme dans les points relais, la livraison à domicile est devenue l’unique solution pour faire parvenir les commandes aux clients. Dans ce domaine aussi, la crise sanitaire impose de nouvelles conditions de travail, strictes et contraignantes. Mais cette difficulté a aussi été relevée par les acteurs du secteur. « Nous avons travaillé, avec le gouvernement, à la rédaction d’un guide des bonnes pratiques lors des livraisons : plus de contact, plus de signature, on dépose le colis et on reste en retrait, explique Nathalie Lainé. Dans les entrepôts aussi, une organisation spécifique s’est mise en place pour respecter les distances de sécurité et fournir du gel hydro-alcoolique aux salariés ». Ces dispositions ont été nécessaires pour garantir la sécurité des salariés, mais aussi pour garder la confiance des clients.
Pour certaines entreprises, le e-commerce est une solution de repli pour éviter un désastre économique. Le groupe Fnac-Darty a dû fermer 718 magasins en France, du jour au lendemain. Alors que le e-commerce ne représentait, habituellement, que 20 % de son chiffre d’affaires, il est devenu son unique source de revenus. De la communication aux ressources humaines, la stratégie du groupe est, jusqu’à la fin du confinement, entièrement dédiée aux ventes en ligne. Sur ce terrain et compte tenu de la fermeture des magasins ne permettant plus le click &collect, la forte implantation territoriale du groupe ne lui est d’aucune utilité. Pour faire face à la concurrence d’acteurs étrangers, plus performants dans ce domaine, le groupe a participé au lancement du hashtag #ecommercefrançais, en espérant interpeller l’esprit de solidarité nationale des consommateurs, dans ce moment de crise.

Les habitudes d’achat bouleversées

Si le confinement a causé des perturbations dans le fonctionnement de nombreuses entreprises, une étude réalisée par Detail Online et Kantar, auprès de plus de 1000 Français, révèle qu’il a aussi bousculé les habitudes de consommations. La part des clients réalisant plus de 50 % de leurs achats par internet a progressé de 80 % lors du confinement, passant de 10 % à 18 % des Français. À l’inverse, la part des consommateurs n’utilisant pas, ou peu (moins de 5 % de leurs dépenses), les sites marchands progressent de 26 % en passant de 38 % à 48 %. « Nous avons constaté une diminution instantanée des achats de produits non essentiels, comme les vêtements et les produits de luxe ; or ces catégories représentent une part importante des achats en ligne, analyse Joakim Gavelin, CEO de Detail Online, les acheteurs qui utilisaient les sites marchands uniquement sur ces produits ne les utilisent plus ». En revanche, les utilisateurs réguliers des sites de e-commerce s’y sont adressés davantage, y compris pour les achats essentiels pour lesquels les magasins physiques restent ouverts. Ces magasins représentent une opportunité de sécurité sanitaire importante. Ils évitent tout contact avec d’autres consommateurs dans les magasins, et protègent leur santé.

Joakim Gavelin,
CEO de Detail Online.

Certains analystes estiment que cette crise pourrait être un accélérateur de la transition numérique du commerce. De nombreux consommateurs ayant adopté le e-commerce pour de nouvelles catégories d’achats, comme le secteur alimentaire, ne l’abandonneraient pas, après la crise sanitaire. Selon l’enquête de Détail Online et Kantar, 62 % des consommateurs pensent de manière « très probable » ou « assez probable » poursuivre leurs habitudes d’achat en ligne après le confinement. Cette période difficile traversée par de nombreux sites marchands pourrait donc se révéler vertueuse à long terme.

L’informatique et le bricolage résistent

Le confinement a transformé les habitudes quotidiennes des consommations. Si les dépenses se concentrent sur l’essentiel, cette notion semble légèrement évoluer. L’acquisition d’outils indispensables au télétravail ou de support pour l’enseignement à distance est devenue une priorité pour de nombreux foyers. « Sur le mois de mars 2020, les ventes d’outils informatiques et de supports parascolaires ont été multipliées par 4, par rapport à mars 2019 », indique la direction de la communication du groupe Fnac-Darty. « Certains produits de divertissement, comme les livres numériques, ou liés au fait-maison, comme les yaourtières, ont aussi beaucoup progressé », ajoute-t-elle. De plus, entre les salariés au chômage partiel et l’impossibilité de pratiquer des activités à l’extérieur, les Français ont plus de temps pour certaines activités à domicile. Le marché du bricolage et du jardin semble profiter de ce contexte. Le site ManoMano, spécialisé dans la vente de matériels de bricolage et de jardin, indique avoir une activité très soutenue depuis le début du confinement. « Nous voyons clairement des catégories de produits comme la peinture ou le jardinage qui prennent beaucoup d’ampleur », confie Olivier Vaury, CFO de ManoMano. Par loisir ou par nécessité, de nombreux consommateurs profitent donc de ce temps libre pour réaliser des travaux dans leurs logements. Face à la demande, ManoMano a mis en place le service AlloMano, pour accompagner les consommateurs dans leurs travaux durant cette période.

Olivier Vaury,
CFO de ManoMano.

Enfin, du côté des professionnels, si l’activité est ralentie, chez ManoMano les ventes ne sont pas pour autant impactées. « Les professionnels ont plus de temps de faire certaines choses, comme le renouvellement de leurs outils », explique Olivier Vaury.