Marie-José Nicol : « Bye bye et au plaisir ! »

Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour je puisse écrire ces lignes, tant ce que je vais vous dire me semble encore aujourd’hui au-delà du réel. Je n’ai donc pas d’autre choix que de vous adresser cette phrase lapidaire : je m’en vais. Ma santé m’a trahie et m’interdit définitivement toute activité professionnelle. Je quitte ce qui fut ma vie, mais plus encore ma passion pendant des décennies.

C’est surtout une im­­men­­se tristesse qui me submerge, où se mêlent passé proche aux lisières du présent et souvenirs plus lointains, dans une sorte d’anarchie mémorielle où j’ai bien du mal à faire le tri, tant ces années passées en votre compagnie ne s’inscrivent que comme des jours heureux mêlant les moments de joie, de déception, de bonnes et mauvaises surprises, comme seule une aventure professionnelle entrepreneuriale sait les réserver. Ce choix du sentier escarpé de l’indépendance, je n’en regrette pas une minute, pas une seconde. Certes, je n’ai pas toujours été facile avec ma propension à mener ma vie professionnelle comme un combat, à tenter de convaincre, avec sans doute parfois trop d’ardeur, ceux qui ne croyaient pas toujours en mes engagements. Il y eut des coups de gueule, des affrontements quelquefois sévères, mais aussi beaucoup de réconciliations et quelques inévitables braises, pas encore totalement éteintes. Mais que tous ceux avec lesquels j’ai croisé le fer sachent que je les ai respectés au même titre que ceux qui m’ont accordé leur amitié ou affiché leur bienveillance. J’ai sans doute eu des emportements excessifs, mais j’ignore la haine et la rancune. Et puis j’ai tellement aimé mon métier, que j’y ai mis toute mon ardeur, mon énergie, ma volonté, et même un peu plus. J’ai vécu des moments exceptionnels, ren­contré des gens de tous bords et quelles que furent nos relations, tous, sans exception, ont merveilleusement enrichi mon esprit, attisé en permanence le feu de ma curiosité, de mon intérêt pour ce qu’ils étaient, pour ce qu’ils créaient, pour ce qu’ils produisaient. A l’heure où la der­nière page d’un parcours qui ne fut pas de tout repos mais ô combien exaltant, jusqu’à la dernière minute, se tourne définitivement, je leur dis à tous merci, du plus profond de mon cœur. Je réalise combien j’ai eu le privilège immense d’avoir exercé un métier qui m’a éloignée de la banalité, de l’uniformité, de l’ennui. Il me reste, cependant, ce trésor qu’est l’armoire de mes merveilleux souvenirs dans laquelle je vais devoir essayer de ne rien oublier. Rude tâche tant celle-ci est pleine à craquer. Ce trésor c’est vous tous, qui avez traversé mon existence, qui m’avez permis de le constituer et rien que pour cela vous êtes dans mon cœur pour toujours.
Je confie les rênes des revues Bricomag, Confortique et Mobilium à mes équipes qui sont là depuis un certain nombre d’années et qui vont continuer à vous suivre, à vous informer et à vous apporter leur savoir-faire.

Je passe donc le relais à Laurence Aurel, Leïla Bikiny, François Caruso, Laure Chatelain, Caroline Condroyer, Laurent Feneau, Thierry Frentzel, Patrick Glémas, Emeline Latt, Philippe Méchin, Stéphane Sarti, Grégoire Truttmann et Julie Angeli.

Marie-José Nicol