Pauline Mispoulet, Directrice des opérations de SOCODA

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Une page est en train de se tourner pour le Groupe SOCODA avec le départ de Philippe de Beco vers une retraite bien méritée après tant d’années d’un travail de tous les instants pour en faire cette magnifique entreprise qu’il n’est plus besoin de présenter. C’est Pauline Mispoulet qui va reprendre, avec comme mission non seulement de préserver les acquis mais aussi de préparer l’avenir dans un monde en pleine mutation auquel la distribution n’échappera pas. Dans un monde où tout s’accélère sous la montée en puissance de la digitalisation, les challenges sont multiples. Aussi, avons-nous voulu faire le point sur le présent et l’avenir dans cet entretien.

Bricomag : Commençons par la question traditionnelle, quelle est l’actualité de SOCODA en cette année qui s’achève ?
Pauline Mispoulet : Comme vous le savez, j’ai rejoint l‘équipe SOCODA le 1er juillet. Ma priorité fut donc de prendre mes marques et rencontrer les Adhérents, les fournisseurs, sans oublier évidemment l’équipe en interne, afin de comprendre les besoins et les attentes de l’univers spécifique de la distribution sachant que j’étais certes dans la branche du bâtiment, mais du côté des services. J’ai donc découvert un métier à part entière, que je connaissais, et dont j’étais cliente.
Néanmoins, passer de l’autre côté de la barrière est une tout autre affaire. Il faut prendre ses marques dans un groupe aux activités multiples, ce qui d’ailleurs fait sa richesse, afin d’en comprendre tous les mécanismes de fonctionnement. J’y passe donc beaucoup de temps, comme vous pouvez l’imaginer. D’autre part, nous avons pour objectif de présenter au printemps un plan stratégique pour les trois prochaines années, et lorsque je dis “Nous”, c’est à dessein puisque tout ce travail se fait en collaboration étroite avec la gouvernance de SOCODA : le conseil de surveillance, le directoire. En conséquence, ma réflexion s’inscrit dans un cadre très partagé et très collaboratif.

Bricomag : Quel était donc l’état des lieux lorsque vous êtes arrivée ?
Pauline Mispoulet : J’ai pu constater qu’il y avait beaucoup d’attentes, et celles-ci constituent une richesse pour les métiers du Groupe. Il faut en effet bien savoir que toute la distribution doit faire face à des enjeux considérables, à l’instar du digital, de la logistique. Il s’agit également de répondre aux attentes des clients qui changent, notamment de profil, de par leur rajeunissement, ce qui implique des différences dans leurs typologies d’achat.
Tous ces phénomènes transverses font que nous sommes de plus en plus interrogés à propos de la façon de s’adapter à ces transformations. Et puis, il existe des enjeux propres à chaque branche d’activité. En effet, les secteurs d’activité ne sont pas identiques, et les rapports avec les fabricants sont différents. Néanmoins, le point commun de toutes ces interrogations passe par une espérance forte dans SOCODA, compte tenu de son poids sur le marché et de la capacité de dynamique collective. En résumé, le mot d’ordre, c’est beaucoup d’attentes et un Réseau vraiment prêt à mordre à pleines dents dans le futur, dans un contexte où les enjeux sont d’envergure. Cependant, nous sommes persuadés que les indépendants ont leur carte à jouer.

Bricomag : Justement à propos d’enjeux, quels sont ceux que vous considérez comme prioritaires à ce jour ?
Pauline Mispoulet : Ils sont au nombre de deux.
Le premier est le rôle du digital dans notre business model.
Le second concerne la logistique, avec comme objectif d’offrir le meilleur service client possible. Dans ce domaine, il faut savoir que la distribution indépendante est la championne du J zéro. Il est impératif de le rester, et de le devenir sur le J+1, J+2, etc. Ceci intègre une grande attention aux dimensions de services.
Un autre point important concerne les Grands Comptes. C’est d’ailleurs une démarche  que SOCODA a engagée depuis un certain nombre d’années, dans la mesure où les clients centralisent de plus en plus leur décision d’achat. C’est donc un élément sur lequel nous allons pouvoir capitaliser. Enfin, nous avons des sujets de réflexion plus spécifiques à notre fonctionnement interne. Une génération est en train de passer la main, impliquant un certain nombre de changements, à la tête de la gouvernance. Le départ de Philippe de Beco en est un mais d’autres membres du conseil de surveillance partent. Ainsi va la vie de l’entreprise.

Bricomag : A propos de ces priorités, comment tout ceci va-t-il se concrétiser dans les mois à venir ?
Pauline Mispoulet : Notre objectif est d’abord de satisfaire le besoin de nos Adhérents et de savoir comment ils ressentent ces priorités, je me sens investie de la mission consistant à leur proposer différentes voies, mais que ce soit eux qui déterminent celles qui leur conviennent le mieux. Notre mission fondamentale est de leur assurer un futur. Ce sont eux, les entrepreneurs, qui prennent le risque financier. Il s’agit donc de s’inscrire dans cette dynamique, en leur traçant la route, mais en n’oubliant jamais que c’est eux qui choisissent. A cet effet, nous avons entamé une réflexion sur ce mode collaboratif interne, via des groupes de travail, lequel est facilité par des Animateurs Réseau présents sur le terrain, et aussi via des chefs de marché, lesquels sont en permanence au contact. Tout ceci me permet de dire que le dialogue est installé. Ensuite, le type de questions et les sujets abordés seront peut-être différents, nous verrons. Toujours est-il que nous activons toutes les synergies déjà présentes à l’intérieur du groupe.

Bricomag : Quel est le profil type d’un adhérent SOCODA ?
Pauline Mispoulet : Définir un profil n’a pas vraiment de sens. Le seul mot adéquat, c’est la diversité. Ainsi l’écart est tellement important entre une petite entreprise de 5/6 salariés et celle qui en a 200 qu’un profil type ne veut rien dire. L’important est de répondre aux besoins de tous. Néanmoins au sein de cet éventail très large, il existe des points communs et des préoccupations communes quelle que soit la taille de l’entreprise, à l’instar du digital, de la logistique, sujets considérés comme essentiels, comme je l’ai exprimé plus avant dans notre entretien. Le reste n’est qu’une question de différences, en fonction de métiers. Par exemple, les adhérents des métiers de l’acier n’ont pas les mêmes problématiques que ceux impliqués dans la décoration. C’est comme cela que le groupement reste soudé et solidaire.

Bricomag : Il n’en reste pas moins vrai que la priorité des priorités semble être aujourd’hui le digital, dans un monde qui change. Comment avez-vous abordé cette transition ?
Pauline Mispoulet : Je dirais que nous l’avons abordé à deux niveaux. Le 1er passe par la digitalisation de nos propres process. En effet, le propre d’une organisation comme la nôtre pourrait être sa complexité. Le digital va donc nous permettre de fluidifier nos liens, nos rapports, y compris avec nos fournisseurs. Nous avons, à cet effet, un gros projet sur l’EDI (échange de données informatiques, NDLR) lequel sera prêt en 2020. Ceci devrait permettre de faire gagner du temps et de l’argent à tout le monde, qu’ils soient distributeurs, fabricants, ou clients. D’autre part, nous sommes déjà très avancés dans la construction d’un socle de base de données produits. Nous sommes investis dans le développement d’un format d’échanges des dites données et de référentiel de produits. Ainsi SOCODA aura un PIM (Product Infomations Management) permettant de faire des e-shops ou nourrir un ERP, afin de connaître précisément la gestion de ses stocks, de passer ses commandes, etc. Nous sommes donc déjà bien structurés pour assurer une transition digitale de notre commerce, qui constituera le troisième étage de la fusée, afin de développer l’e-commerce de SOCODA et de nos adhérents dans le futur.

Bricomag : Dans ce processus de modernisation, vous trouvez-vous confrontée à des difficultés, voire à des réticences ?
Pauline Mispoulet : En réalité, je ne prends pas ces sujets les uns après les autres, mais les uns avec les autres, en intégrant juste des priorités dans le développement. Aussi est-ce pour cela qu’il est important d’avoir un projet bien construit afin de voir les liens communs entre les chantiers. En fait, la difficulté potentielle d’un groupement est de trouver le socle d’un plus grand dénominateur commun, et ensuite de tenir le modèle économique qui nous permette de tenir nos ambitions et nos investissements.

Bricomag : La vente en ligne implique une approche différente du commerce. Avez-vous une idée spécifique pour aborder le sujet, et y a-t-il une demande de vos adhérents à ce propos ?
Pauline Mispoulet : En fait, la demande vient d’abord de la part des clients. Il faut aussi savoir qu’un groupement se doit d’être en phase avec le marché. Aussi sommes-nous très attachés à regarder de très près leurs parcours d’achats. Il faut ainsi savoir que l’e-commerce n’est pas seulement l’achat en ligne. Aussi notre volonté est-elle de proposer le multi canal. La logique qui est la nôtre consiste à permettre d’assurer au client à la fois la présence physique, et sur le digital afin de lui permettre d’acheter comme il le souhaite. C’est lui qui au final décide, ce n’est ni SOCODA, ni le distributeur qui décide. Notre mission consiste à proposer un maximum de solutions afin de lui offrir un service qui lui apporte toute satisfaction.

Bricomag :  Est-ce le click&collect qui l’emporte ?
Pauline Mispoulet : Pas seulement. Il faut savoir par exemple que des semi-professionnels, soit à leur compte, soit auto-entrepreneurs, n’ont aucune possibilité de stockage. Ces gens ont donc un besoin essentiel de distributeurs. Ce sont des profils qui n’existaient pas avant. L’artisan “historique” avait son pavillon, son garage, pour y mettre et garder ses produits. Les nouveaux Acheteurs, en général de moins de 30 ans, ne fonctionnent pas ainsi. Ils passent commande sur le digital. C’est donc l’évolution du profil de nos clients qui nous oblige à revoir nos services et les adapter. Ce qui est très intéressant dans un réseau d’indépendants, c’est que nos entreprises sont tous les matins au contact des clients. Aussi une entreprise comme SOCODA permet-elle de sentir et voir de très près les évolutions du marché, plus vite que n’importe qui. La direction n’est pas enfermée dans une tour d’ivoire. Ce mode décentralisé est notre force et nous devons garder cette intelligence collective.

Bricomag : Quels avantages un adhérent trouve-t-il chez SOCODA ?
Pauline Mispoulet : Un Adhérent SOCODA est un Chef d’entreprise qui peut être plus intelligent collectivement que tout seul. Celui-ci trouve deux types de ressources dans SOCODA. Les premières sont matérielles et organisationnelles. Il se trouve également intégré dans un réseau de gens qui font les mêmes métiers. Je trouve d’ailleurs que chacun a sa part de génie. Allant souvent sur le terrain, je découvre beaucoup de ce que j’appelle des pépites, et la puissance de notre Réseau permet de les mettre en dynamique. De plus, nous avons une synergie de branche par métiers. Aussi, les acteurs de différents secteurs peuvent partager des points de vue dans lesquels ils se reconnaissent. Nous avons un comité de pilotage, des réunions patronales, mais celles avec les collaborateurs, et c’est tout cet ensemble qui construit des moments d’échange et de partage sur des sujets transverses, type achats, logistique, gestion des transports, ou encore, RH, etc.

Bricomag : En conclusion, peut-on dire que SOCODA est en train de vivre une grande transition, qui passe notamment par le digital, par l’évolution de la logistique, mais tout en gardant son identité ?
Pauline Mispoulet : C’est tout à fait cela. Juste une dernière info. Nous préparons actuellement notre Convention qui se déroulera les 17 et 18 mars prochain à Villepinte.
Celle-ci constituera un temps fort, extrêmement important pour le groupement. Tous les Adhérents du Réseau seront présents et rencontreront tous les fournisseurs pour un grand moment d’échanges dans tous les domaines, et nous ferons des annonces. Rendez-vous donc au printemps 2020 !