Salon Ambiente 2020 : Un sacré coup de tabac

Ce sont des vents très mauvais qui ont soufflé sur l’édition 2020 du célébrissime salon Ambiente, au propre comme au figuré. En effet, une formidable tempête du joli nom de Sabine a sérieusement perturbé le trafic aérien et ferroviaire. Et puis, il y a surtout cette menace redoutable nommée Coronavirus qui a lourdement pesé sur un visitorat qui affiche des statistiques en forte baisse, non conformes à ce que l’on pouvait attendre d’un rendez-vous de cette envergure.

En effet, ils furent “seulement” 108 000 à avoir arpenté les allées du salon pendant les quatre jours durant lesquels celui-ci s’est déroulé, à savoir du 8 au 11 février. Certes dans l’absolu ce chiffre est élevé et maintient la foire au sommet des expositions liées aux biens de grande consommation. Mais si l’on compare avec les quelque 136 000 professionnels du secteur à avoir fait le déplacement l’an passé, le résultat est franchement plus que décevant. A notre avis, cette mauvaise surprise vient plus précisément de ce virus dont nul ne connaît la cause, ni les limites et encore moins les conséquences. Tout juste sait-on qu’il vient de Chine, du côté de Wuhan, une des grandes villes industrielles d’un pays devenu une pièce essentielle dans l’échiquier des échanges économiques internationaux dans une économie de plus en plus mondialisée. De plus, vu la rapidité avec laquelle vont les informations, il va donc sans dire que cet intrus a créé immédiatement une psychose. Celle-ci est d’autant plus alimentée par les rumeurs les plus folles que l’Empire du Milieu est une dictature qui n’a pas pour habitude de laisser courir les bruits et rumeurs. Depuis l’arrivée de Xi Jing Ping, une véritable chape de plomb médiatique s’est abattue sur le pays. Toutefois, il a été impossible pour le monde entier de ne pas voir ces images très impressionnantes d’une ville de 12 millions d’âmes, transformée en cité fantôme, où les habitants vivent confinés dans la terreur de contracter la maladie ou même d’être obligés de fréquenter les hôpitaux locaux pour d’autres raisons et de se retrouver contaminé, tant les conditions d’hygiène ne sont pas adaptées à une situation jamais vue sur la planète, à fortiori dans un pays surpeuplé où la population est prise de frénésie touristique. Pire encore, l’épidémie a vraiment débuté juste avant la grande migration du Nouvel An chinois. Tant et si bien que de nombreux voyageurs ont emmené dans leurs bagages cette mystérieuse maladie dont pour l’instant personne ne sait rien, sachant que l’origine est inconnue, que les symptômes sont divers et variés, et qu’ils peuvent se déclencher bien des jours après avoir attrapé la maladie. L’humanité est donc plongée dans véritable scénario de cauchemar. Ainsi, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le COVI 19, de son nom scientifique, semble franchir allégrement toutes les frontières, et même celle de l’Europe, Italie en tête puisqu’à ce jour 11 localités du nord du pays vivent ce que vivent de nombreuses villes chinoises, avec en corollaire des habitants confinés dans ces villes devenues fantôme.

Scénario catastrophe ?

Mais le plus inquiétant c’est qu’une grande ville industrielle se trouve à proximité puisqu’il s’agit de Milan. Toujours est-il que sans aller plus loin dans les scénarios catastrophes, la présence de ce genre d’ennemi est la chose la plus préjudiciable pour un salon, surtout d’essence professionnelle, dont la finalité est de faciliter les contacts humains dans un monde dématérialisé. Dans ces conditions, comment s’étonner de cette érosion importante de fréquentation ? Même si à l’époque les informations étaient moins anxiogènes, la menace était parfaitement claire pour les populations du monde entier. Il ne faut pas oublier que les principales compagnies aériennes avaient déjà fermé toutes leurs destinations vers ou en provenance de la Chine. On ne pouvait faire donc plus compliqué pour Messe Francfort dont la politique sur laquelle elle a bâti son succès s’appuie sur l’internationalité de ses plateformes. Pour tout arranger, nombre de grandes entreprises allemandes et étrangères avaient carrément interdit à leurs collaborateurs de voyager. Pourtant l’état d’esprit est resté à un certain optimisme. Nous en voulons pour preuve la déclaration de Detlef Braun le Directeur général de Messe Francfort : « Une manifestation doit résister à deux événements de cette ampleur (le second étant la tempête qui a soufflé sur L’Europe du nord, NDLR). Nous en voulons pour preuve la satisfaction affichée par nos visiteurs dont l’indice s’est situé à 95 %, à l’identique de nos meilleures années ». Néanmoins, s’il est vrai que le salon a vécu simultanément la conjugaison de deux éléments négatifs, on ne peut cependant s’empêcher de s’interroger. S’il est vrai que cette tempête a fortement perturbé le trafic aérien et même ferroviaire, s’il est vrai que ce virus a provoqué un nombre conséquent de défections, doit-on leur imputer à 100 % cette désaffection ? Nous en voulons pour preuve une baisse, toute relative certes, mais réelle du nombre de visiteurs lors du dernier salon Heimtextil, un autre poids lourd du portefeuille Messe Francfort. Si nous voulons être mauvaise langue, il faut bien avouer que des conditions météorologiques difficiles, le salon Ambiente qui se tient au cœur de l’hiver en a connu et non des moindres.

Interrogations

Quant à ce Coronavirus, il était dans toutes les têtes, mais pas au point de lui imputer à 100 % non plus ces chiffres de baisse de la fréquentation. A notre humble avis, il est un élément mineur certes, mais réel, sur lequel il est permis de s’interroger c’est celui d’une relative désaffection des salons, à laquelle Messe Francfort n’échappe pas. Certes, le poids est minime comparé aux deux conséquences citées plus haut. Il n’en demeure pas moins vrai que le concept des plateformes professionnelles tend à s’essouffler, même s’il reste incontournable dans l’univers des échanges commerciaux. Faut-il y voir la montée en puissance des ventes en ligne, ou les prémices d’un ralentissement de la croissance mondiale bien plus fort qu’annoncé ? C’est ce deuxième phénomène que nous privilégions. Malgré les discours lénifiants des instances dirigeantes de la planète, celle-ci donne depuis longtemps des signes inquiétants de fatigue avec notamment des taux d’intérêt à zéro qui, au-delà d’inquiéter les consommateurs, érode leur épargne. Quant au phénomène du commerce on line, nous persistons à penser que si aujourd’hui il a le vent en poupe, il ne représente qu’environ 10/15 % du commerce planétaire. Le chiffre est important certes, mais il n’en demeure pas moins vrai que les échanges réels en constituent encore aujourd’hui le socle intangible. Enfin, il est un dernier paramètre qui ajouté aux précédents a probablement influé sur cette édition difficile, il s’agit du trou d’air que traverse l’économie allemande, plombé par la fin de règne interminable de la chancelière Merkel qui ne cesse d’accumuler les erreurs depuis son quatrième mandat, lequel s’affirme clairement comme le mandat de trop. Cette situation ne facilite pas le climat général des affaires. Toutefois, nous persistons à penser que les difficultés traversées par nos voisins outre rhénans sont d’ordre plus psychologique que réel. Certes les performances à l’export, qui ces dernières années ont apporté tant de devises, se retournent en raison notamment d’une menace de pénalité fiscale américaine, mais il n’en demeure pas moins vrai que le made in Germany continue à faire recette que ce soit dans le domaine industriel ou celui des biens de consommation. Reste le problème du secteur automobile, si sensible qui paraît-il souffre d’un retard considérable dans son électrification et les nouvelles technologies, mais les autres font-ils mieux ? Il semble que le groupe Volkswagen reste numéro 1 mondial des ventes et nous pouvons faire confiance aux marques Premium pour se hisser de nouveau au sommet. Tout ceci relève d’un battage médiatique qui surévalue les difficultés de l’économie allemande, laquelle grâce à la puissance de son industrie est tout à fait en piste pour les prochaines étapes vers la digitalisation et le numérique. Enfin, il ne faut surtout pas oublier l’influence de ces entreprises moyennes, dites du Mittelstand qui font encore sa force comme le démontre cette année encore celles, fort nombreuses qui ont exposé leurs nouveautés et innovations parmi les quelques 4 635 entreprises, réparties sur quelque 310 240 venues de 93 pays. C’est ce chiffre colossal qu’il faut retenir plutôt que cette baisse conjoncturelle de visitorat, qui en fait la plateforme la plus puissante au monde dans le domaine des biens de grande consommation, et si le nombre d’exposants reste très élevé, ce n’est donc pas pour rien. Ambiente est quoiqu’il arrive le rendez-vous de référence dans son large secteur d’activité. Fidèle à ses bases et ses principes, le salon ne varie pas dans la structure de son offre fondée sur une inamovible trilogie. Pour mémoire, rappelons donc que la première se nomme Living et intègre le mobilier d’intérieur, la décoration dans le sens le plus large du terme. La seconde s’appelle Dining. S’y trouve une offre dédiée à la cuisine, les arts de la table, la coutellerie, la vaissellerie, les ustensiles et produits de rangement, le petit électroménager, bref tout ce qui permet d’équiper et de faire fonctionner cette pièce devenue centrale dans nos cadres de vie. Enfin Giving vient proposer une offre aussi vaste qu’originale et variée dans l’univers du cadeau.

Source d’inspiration

Venons en tout d’abord à l’espace Living. Celui-ci est avant tout une vaste source d’inspiration tant l’offre est variée. Mais c’est surtout dans la décoration que le phénomène est flagrant. Il faut dire que d’énormes progrès ont été accomplis ces dernières années dans la qualité des nouveautés et innovations présentées par les exposants. Tant et si bien qu’au-delà des produits, les visiteurs peuvent capter les tendances globales du secteur. Il faut dire qu’avec quelque 1 100 exposants, ils ont le choix. Aussi ont-ils pu constater cette année encore la montée inexorable de tout ce qui se rapproche de près ou de loin à un certain retour à l’authenticité, à tout ce qui est fabriqué à la main, à l’artisanat et surtout une adhésion unanime au développement durable, au respect de l’environnement. Le bois dans toutes ses essences est, sans surprise, plus que jamais la matière reine. Les textiles de décoration font appel à tout ce qui permet d’en améliorer le confort, par la douceur et le moelleux du toucher. Au-delà de l’esthétique Living fait appel au bien-être. Cette tendance qui n’a rien de fondamentalement étonnant ne fait que se confirmer au fil des ans, et ceci d’autant plus que les designers ont pris les choses en main, en venant soutenir ce mouvement de fond via leurs créations adaptées à ce nouvel environnement et cette nouvelle demande. Tout ceci est accentué par l’exploitation des sources de lumière, grâce à l’efficacité de la technologie LED qui viennent ajouter non seulement leur fonctionnalité, mais aussi une touche d’élégance. Mais ce n’est pas tout. Il est aussi un phénomène qui vient illuminer presque toutes les allées de l’espace Living, c’est la montée en puissance de la décoration florale, laquelle vient ajouter la couleur à toutes ces teintes douces. C’est en effet à un véritable feu d’artifice que sont soumis les visiteurs sur chaque allée. C’est aussi une source d’inspiration pour les jardineries, lesquelles peuvent en plus se faire conseiller par des exposants spécialistes en la matière, venus des Pays-Bas.
Une fois de plus l’espace Living, en ratissant large, permet à bien des typologies d’acheteurs d’y trouver leur bonheur depuis les spécialistes mobilier décoration, mais aussi les GSB et autres Garden Centers.

Source d’inspiration Bis

L’autre grand pôle d’attraction est bien entendu, l’espace Dining. Non seulement il offre un formidable éventail de produits destinés à la cuisine et aux arts de la table lequel n’a pas d’équivalent au monde, tant dans le domaine quantitatif que qualitatif, mais il offre également de nombreuses animations via de très nombreuses dégustations diverses et variées dans tous les domaines de la gastronomie. Bien des chefs de renom sont invités à montrer leur savoir-faire à des visiteurs qui ne s’en lassent pas. Il suffit de voir les attroupements à chaque fois qu’une démonstration de ce type a lieu, et surtout peuvent en goûter les résultats. Ceci leur permet en plus de voir en action toutes les nouveautés proposées par les fabricants. Sinon et sans grande surprise, nous avons pu constater que les innovations font florès dans le petit électro ménager, à tel point qu’il est désormais possible de tout préparer, tout fabriquer depuis sa cuisine. Ainsi, chacun peut selon son désir se transformer en caviste d’appartement, de faire de sa cuisine, une brasserie, une charcuterie, une boulangerie, une pizzeria. Etonnant secteur qui ne cesse de nous bluffer par son sens de l’innovation. Surpris, nous l’avons également étés dans les arts de la table par la beauté des articles présentés. Nous avons été frappés par les efforts des fabricants dans le domaine du design et de l’originalité. De plus, détail amusant, nous avons voyagé grâce à de nombreux exposants qui ont présenté des services complets de la meilleure facture issus de leur pays d’origine. Mais le gros succès dans cette famille de produits vient de l’offre dédiée aux professionnels de l’hôtellerie, restauration et collectivités. Cet espace encore jeune est un véritable pôle d’attraction à lui tout seul. Il est vrai qu’avec la montée en puissance de ces secteurs d’activité, les acheteurs ont vraiment trouvé ce qui correspond à leurs demandes et besoins. Tant et si bien que les professionnels s’y pressent et surtout ne se déplacent en général jamais pour rien. Ils ont quasiment toujours des intentions d’achats fermes.

Source d’inspiration Ter

Moins puissant que les deux premiers volets du triptyque, l’espace cadeau est également une mine d’idées en tous genres. Certes la joaillerie, la bijouterie, l’horlogerie y dominent, sans grande surprise, mais il est largement possible d’y dénicher mille et un produits qui séduiront n’importe quel type de consommateur. Et puis au cas où celui-ci serait en panne dans ses choix, il peut s’inspirer, comme toujours des idées présentées selon la tradition par le Stilbüro. bora. herke. palmisano, qui comme chaque année met en scène les trois familles de produits présentés avec des articles choisis parmi le triptyque Dining, Living, Giving. Cette exposition spécifique est toujours très remarquée par l’originalité de ses concepts.
Ainsi donc, et malgré le sacré coup de tabac que vient d’essuyer l’édition 2020 du salon Ambiente, Messe Francfort ne cède en aucune manière à la panique. Il faut dire que l’organisateur allemand qui exerce son art depuis le haut moyen âge, en a vu d’autres en matière d’épidémies, de pandémies de guerres en tous genres à travers les siècles. Certes ceux-ci restent prudents comme il est convenu de l’être avec toutes les crises sanitaires. A ce jour, les autorités gouvernementales ne savent rien ou presque de sa dangerosité réelle, sauf qu’elle vient de Chine. D’ailleurs, il ne faudrait cependant cette incertitude se prolonge indéfiniment. Ce serait alors l’économie mondiale qui serait plongée dans le chaos.