Salon du Végétal : une édition digitale pour relancer la filière

Avec la crise sanitaire, le Salon du Végétal n’a eu d’autre alternative que de s’organiser en deux temps. Un premier rendez-vous en ligne, à base de conférences, s’est tenu du 14 au 15 septembre dernier. L’objectif ? Permettre aux acteurs du secteur horticole d’avoir un premier temps d’échange, avant la version physique du salon, qui se tiendra du 10 au 11 février prochain à Angers. Par Sabrina Alves

Pendant le confinement, la filière horticole a durement été frappée par la fermeture des fleuristes, des grossistes, des jardineries, des magasins de bricolage ou encore des frontières. Une raison qui a poussé le Salon du Végétal a lancé un premier temps d’échange avec les différents acteurs du végétal. L’occasion pour eux de faire le point.

Un bilan pénible pendant le confinement

53 000 entreprises, 170 000 emplois, pour un chiffre d’affaires de 14 milliards d’euros. Tel était l’impact de la filière horticole sur le marché français, avant la crise liée à la Covid-19. “Avec la mise en confinement, le secteur a perdu près de 14 % de ces recettes par rapport à 2019, soit deux milliards d’euros de perte d’activité”, révèle Mikaël Mercier, Président de l’organisation interprofessionnelle de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage, Val’Hor. Au total, près de 3 600 emplois ont été supprimés, pendant cette période sur l’ensemble de la filière, selon une étude commandée par Val’Hor. Parmi les secteurs les plus impactés par la crise, celui des fleuristes et des producteurs de plantes. N’étant pas répertoriés comme des métiers indispensables et essentiels par le gouvernement, ces derniers n’étaient pas habilités à ouvrir pendant le confinement. Ainsi, sur les 15 000 fleuristes implantés sur le territoire français, 2 000 boutiques ont dû fermer leurs portes. Du côté des producteurs, on compte la perte de 700 à 800 emplois, principalement saisonniers, sur un total de 20 000. Deux autres facteurs déterminants dans cette chute de chiffre d’affaires : le manque de digital et de communication. D’une part, le marché du végétal est l’un des marchés qui s’est le moins développé au digital ses dernières années. Ainsi, beaucoup d’entreprises se sont retrouvées dans la difficulté de s’y initier, pendant le confinement. D’autre part, les acteurs du végétal ne travaillent pas suffisamment en réseau : en effet, si les producteurs et fleuristes se sont retrouvés à jeter leurs produits pendant ces deux mois ; des magasins, comme Super U, n’étaient, quant à eux, pas assez approvisionnés.

Les chefs d’entreprise, présents à cette édition digitale, ont cependant observé deux phases dans l’évolution de leurs ventes, pendant le confinement : d’abord une période de blocage avec une chute d’activité en mars (-35 %) et en avril (-28 %). Puis, une phase de reprise d’activité avec un redémarrage au mois de mai (-2 %) et un rattrapage au mois de juin (+17 %). “On aurait pu s’attendre à pire, confie Mikaël Mercier. Mais la réouverture des jardineries, début avril, a permis de sauver la saison”.

Les leçons à retenir

“Si la crise a profondément touché la filière horticole, le végétal n’aura jamais été aussi important pour le consommateur que pendant cette dernière”, souligne Christophe Béchu, maire d’Angers, lors d’une conférence. En effet, l’isolement social, le stress et le renforcement de l’enjeu écologique enduré pendant la période de confinement ont donné naissance à un fort besoin de dépaysement chez les Français. Et pour preuve : plus d’un tiers des acheteurs de végétaux affirme avoir ressenti une forte gêne dans l’accès aux espaces verts, pendant cette période, selon une étude Kantar. Ce sentiment est d’autant plus fort, pour les personnes vivant dans des espaces restreints et urbains. Un constat qui a également été observé par les acteurs de la filière. “Cette crise a permis d’attirer une nouvelle clientèle. Beaucoup de jeunes ménages sont venus acheter pour la première fois, et demander conseil aux professionnels”, rappelle le Président de Val’hor.

Le développement de nouveaux services a séduit près de 29 % des acheteurs de végétaux : 23 % ont décidé d’opter pour le retrait de commande, et 9 % pour la livraison à domicile. Au global, les acheteurs sont satisfaits des services auxquels ils ont eu recours (94 % de satisfaits pour la commande en magasin ou drive et 89 % pour ceux qui ont opté pour la livraison à domicile, NDLR). La majorité des acheteurs souhaite que ces services continuent d’être proposés après la crise (89 % pour le service de livraison à domicile, 82 % pour le retrait de commande en magasin ou drive). Enfin, cette période a renforcé l’importance – déjà forte avant la crise de la Covid-19 – accordée à l’origine française. Parmi les raisons qui la justifient : les valeurs à défendre (pour 55 % d’entre eux), les raisons économiques (pour 26 %), les raisons écologiques (16 %) ou encore les raisons liées au produit (14 %).

Éviter la rechute

Si la filière horticole se nourrit des enseignements acquis grâce au confinement, beaucoup redoutent “l’épée de Damoclès d’un nouveau coup d’arrêt si des cas positifs se déclaraient parmi le personnel”. Ainsi, le Dirigeant et Fondateur d’Evoxya, spécialisé dans la gestion de crise et le positionnement de marque, Laurent Péron, a présenté un panel de solutions. “La Covid-19 a accéléré certaines tendances déjà existantes comme le DIY (Do It Yourself ou le Faire soi-même, en français, NDLR), l’essor du drive et de la livraison, l’achat de proximité, la simplicité (en d’autres termes, la vulgarisation de la profession, NDLR) ou en la recherche de sens. Il faut les prendre en compte, car elles ne vont cesser de se développer à l’avenir”, explique-t-il. Parmi les autres solutions présentées pour éviter la récidive, la mise en place de services de fidélisation du client (mise à disposition de tutos qui incitent à l’achat, à l’instar de Leroy Merlin, accompagnement et conseil en physique, etc.) mais également la revalorisation de son business plan, notamment par des analyses de risques et l’élaboration de stratégies de situation de crise.