Sébastien Cossin / Norsilk : « De très bons mois d’avril et mai, au vu du contexte »

En avril dernier, alors que l’économie du pays est frappée par un confinement, Sébastien Cossin est nommé PDG de Norsilk, filiale du groupe Donges/Murates. Après plusieurs années de restructuration, l’entreprise reconnue pour son savoir-faire dans l’usinage et le traitement du bois dispose, aujourd’hui, d’une forte stabilité financière. Avant d’engager le développement de l’entreprise, cet ingénieur-bois de 46 ans doit d’abord lui permettre de traverser la crise sanitaire. En maintenant les usines ouvertes et ce avec les consignes et moyen sanitaires correspondant, il atteint de très bons résultats tout au long du printemps.

Comment va Norsilk?
Norsilk a connu beaucoup de difficultés ces dernières années. Je dirais même que la société était malade, une structure non adaptée à son marché, des services et des solutions internes non adéquats. Ces deux dernières années, tout cela a été reconstruit par mon prédécesseur, Pierre-Yves Guégan. Il a restructuré l’entreprise pour lui permettre de se développer. Il s’agit d’un travail de l’ombre qui permet à Norsilk de fonctionner correctement, aujourd’hui. Mon arrivée à la tête de Norsilk correspond à une nouvelle phase par l’entreprise. Lorsque l’une de ses entreprises est viable, le groupe Murates la confie à des hommes métier pour engager son développement.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur Norsilk ?
Le covid nous a fait beaucoup de bien humainement parlant. Dans une PME de 150 personnes, la plus-value vient souvent de la symbiose du groupe. Il s’agit d’une histoire de femmes et d’hommes. Nous avons réussi cela. La crise m’a fait gagner 6 mois dans mon intégration à l’entreprise. Je suis arrivé au milieu du confinement. Il y avait une ambiance particulière, tournée vers la survie de l’entreprise. Nous avons pris les bonnes décisions stratégiques et les résultats ont été très bons, au vu de la situation économique en France. Nous avions le choix de fermer l’entreprise et d’attendre, comme beaucoup de confrères, ou de rester ouverts et de nous engager à faire tourner l’économie française. Nous avons choisi la seconde option, de manière solidaire et en conscience, tout en faisant attention au risque sanitaire. Nous avons choisi de rester à la disposition de nos clients durant cette période difficile. Les efforts ont payé puisque les mois de mars, avril et mai ont été similaires à l’année dernière sur la partie distribution.

Comment expliquez-vous ces résultats ?
Nos principaux confrères d’après ce que nous avons pu voir et entendre n’ont pas répondu présent durant le confinement. Donc, même si le marché était faible, les choses se sont très bien passées et nous avons gagné de belles affaires. Notre activité est divisée en trois secteurs. Dans les GSB, qui étaient peu ouvertes et fonctionnaient essentiellement grâce au drive, seuls 12 à 15 % de l’activité habituelle du marché était maintenue. Nous faisons légèrement plus, mais notre chiffre d’affaires n’est pas exceptionnel. L’activité industrielle, qui est très importante pour nous, était presque à l’arrêt, puisque nos clients avaient arrêté leur activité. En revanche, concernant l’activité du négoce, alors que le marché était autour de 35 % de son chiffre d’affaires habituel, nous faisons un mois d’avril exceptionnel dans le contexte. Concernant l’activité du rabotage, par exemple, nous étions l’un des seuls acteurs français ouverts. Même si le marché était faible, nous nous sommes positionnés. Nous ne compensons pas les pertes des autres activités, mais nous faisons de très jolis mois d’avril et de mai. Cela nous permet de passer la période covid en termes de flux financier sans problèmes

Avez-vous procédé à des réorganisations de l’entreprise durant le confinement ?
Le télétravail a été mis en place pour une partie des salariés. Concernant la production, le site de Norsilk fait 20 000m2. Nous avons 110 ou 120 salariés répartis sur cet espace. Ils ont l’habitude de travailler de manière éloignée. Mais il s’agit d’une affaire de confiance envers les opérateurs, pour qu’ils ne se regroupent pas et respectent les gestes-barrière. Cette confiance concerne aussi l’attitude des salariés chez eux, pour ne pas être contaminé. Nous n’avons gardé que les machines considérées comme prioritaires. Nous avons réduit les équipes et gardé uniquement les salariés propre à Norsilk, nous avons donc arrêté de faire appel à des intérimaires. De plus, nous avons réadapté notre façon de travailler. Certaines machines nécessitent habituellement plusieurs opérateurs, nous avons préféré travailler plus doucement et en sécurité en y affectant une seule personne. C’est une réflexion pour chaque poste. Les pauses ont été organisées par roulement. Chaque détail a été pensé pour traverser cette période de la meilleure des façons.

Avez-vous fait face aux craintes de salariés ?
Nous avons eux de longs CSE, où il m’a fallu expliquer pourquoi, comment afin de convaincre tout le monde de venir travailler. Il y avait des doutes et des peurs chez les salariés. Des médecins ont pris la parole dans les réunions pour les lever. Nous avons expliqué que si chacun respectait les consignes sanitaires, le travail ne serait pas dangereux. Tout le monde s’est responsabilisé, l’entreprise a donc grandi et nous y avons tous gagné.

Comment se déroule la reprise ?
Tout d’abord, nous sortons d’une période de confinement léthargique. Le télétravail nous a privés d’émulation collective. Tout le monde a l’impression que l’activité va reprendre du jour au lendemain, mais la reprise est progressive. Même si nous avons de belles commandes, les sorties en magasin ne sont pas aussi rapides. Les semaines à venir sont incertaines. Le marché fonctionnera par vagues. Les magasins n’ayant pas été livrés durant le confinement souhaitent recevoir leurs commandes, mais ils mettront du temps à les écouler.

La crise sanitaire a-t-elle modifié votre manière de travailler ?
Nous nous rendons compte que nous pouvons travailler différemment. La distance n’est plus un obstacle. De plus, nous savons que les paramètres non maitrisables vont se multiplier. Nous devons être capables de les anticiper. Si les crises se multiplient, l’état ne pourra pas renouveler son accompagnement. Nous en tenons compte et nous avons réécrit notre business modèle pour y faire face, et être autonome vis-à-vis de l’état, mais aussi du groupe auquel nous appartenons. Chacun des membres de l’équipe a conscience de ses responsabilités dans le fonctionnement de l’entreprise. Le monde bouge et nous devons bouger avec lui pour garantir les emplois de nos 150 salariés. Après huit semaines de covid, nous avons une équipe prête à aller de l’avant. Nous avons des challenges au grand export à relever. Norsilk entame donc un développement produit, industriel et géographique.